À Marrakech, l’hospitalité a une saveur de racines et de légende familiale. C’est là qu’Akan — ce mot berbère qui évoque la « structure », le « corps » — assemble, avec la discrétion d’orfèvres, des adresses qui battent au rythme de la ville ocre. Dans la Médina, la Villa des Orangers, riad de 1930 blotti au pied de la Koutoubia, brille comme un 5-étoiles devenu le premier Relais & Châteaux du monde arabe. Dans la palmeraie, Les Deux Tours, rêve d’architecture signé Charles Boccara, prolonge l’élan: celui d’une famille marocaine qui réinvente, avec panache, l’amour de l’hôtellerie.
De la Médina aux palmeraies, l’odyssée d’Akan raconte comment une famille marocaine a transformé son sens inné de l’hospitalité en une collection d’adresses iconiques, toutes enracinées dans le paysage et la mémoire de Marrakech. En trois ans, les Benabbés-Taarji ont réuni des maisons d’exception — de la Villa des Orangers au raffinement serein aux Deux Tours, rêve d’architecture signé Charles Boccara — avec pour boussole la beauté, l’âme des lieux et une vision artisane de l’accueil. “Akan”, qui en berbère évoque la structure et le corps, résume cette philosophie: donner à chaque maison une charpente de sens, un souffle, et une présence élégante au monde qui passe.
Le récit d’Akan commence bien avant l’enseigne. Il naît dans ce geste simple, presque instinctif, de la porte qui s’ouvre et du thé qui fume. La famille Benabbés-Taarji, grande figure du tourisme au royaume, a choisi de renouer avec cette hospitalité originelle en réconciliant héritage, architecture et art de vivre. Ici, on n’empile pas des hôtels: on réunit des maisons qui parlent, chacune à sa manière, de la ville, de sa lumière et de ceux qui l’habitent.
Au cœur du projet, un mot: Akan. En berbère, il évoque la structure et le corps. Soit l’idée que l’accueil n’est pas un décor mais une charpente: l’ossature du service, l’épiderme des matériaux, le rythme du jardin et la voix douce d’un personnel maison. Tout ce qui tient, porte et respire dans un lieu d’hospitalité authentique.
L’hospitalité ancrée dans nos racines
À Marrakech, l’accueil n’est pas un slogan: c’est une grammaire quotidienne. Un salut à l’ombre de la Koutoubia, un patio où l’eau raconte la fraîcheur, un riad qui murmure ses zelliges. Akan s’inscrit dans cette tradition de l’hospitalité marocaine qui privilégie la présence au geste, la délicatesse à l’esbroufe. Les maisons de la collection apparaissent comme des lieux “de toujours”, qui laissent parler la mémoire du quartier et le travail des artisans.
Cette vision rejoint un mouvement plus large, où l’industrie du voyage réinvente ses codes pour retrouver le sens du détail et de l’attention. On le voit jusque dans l’aérien, où certaines compagnies revisitent la notion de service pour le voyage d’affaires, comme le montre cette exploration des nouvelles pratiques d’accueil en cabine et au sol: l’hospitalité réinventée.
L’étonnante épopée d’Akan
Depuis trois ans, la famille a patiemment rassemblé ses “pièces” à Marrakech. Chaque adresse est choisie pour sa singularité et sa capacité à incarner l’art de vivre local. Pas de tambours ni de trompettes: la discrétion est de rigueur, la qualité comme étendard. Les lieux ne sont pas transformés à marche forcée; ils sont écoutés, révélés, affinés, pour préserver leurs lignes essentielles.
C’est un travail de curateur autant que d’hôtelier: respecter une architecture, faire dialoguer la nature et la trame urbaine, transmettre une hospitalité qui se sent plus qu’elle ne s’affiche. Cette patience se lit dans la manière dont Akan cultive ses jardins, ses matières, ses éclairages — de petites choses qui, au fond, font les grandes expériences.
L’amour de l’hôtellerie au sein d’une famille marocaine
Chez les Benabbés-Taarji, l’hôtellerie se raconte en famille. Elle s’apprend à table, se peaufine en salle et se transmet dans les couloirs silencieux d’une nuit où tout doit bien se passer. Cette culture se nourrit de savoir-faire locaux, de la cuisine comme langage autant que de l’architecture comme écriture. Elle valorise les équipes et les producteurs, les voisins et les artistes, pour que chaque maison vive en bonne intelligence avec son quartier.
D’ailleurs, partout dans le monde, on observe des territoires qui réenchantent leur accueil en s’appuyant sur leurs acteurs locaux et leurs offices de tourisme, à l’image de ces initiatives inspirantes: hospitalité territoriale à Libourne. Les passerelles sont nombreuses: une maison d’hôtes, un restaurant, un jardin, une ruelle — c’est un écosystème, pas seulement une adresse.
La Villa des Orangers, pierre fondatrice d’une collection
Dans la Médina, la Villa des Orangers a marqué un tournant. Édifiée au début du XXe siècle pour un notable marrakchi au pied de la Koutoubia, la maison a été magnifiquement remodelée à la fin des années 1990 par un couple d’hôteliers français, jusqu’à devenir un 5-étoiles où d’amples oliviers veillent sur la piscine. Elle s’est imposée comme le premier Relais & Châteaux du monde arabe, une balise de raffinement pour les voyageurs en quête de sérénité.
Reprise en douceur par la famille en 2022, l’adresse n’a rien perdu de son âme; au contraire, elle s’affirme avec plus de retenue, une précision accrue dans les détails, une cuisine de saison qui parle du marché et des jardins, un service qui se devine plus qu’il ne se voit. Seuls les initiés ont perçu le passage de témoin — signe d’un respect scrupuleux pour l’histoire des lieux.
Une maison de caractère, réinventée en douceur
À la Villa des Orangers, l’évolution se mesure à l’échelle d’une lumière adoucie, d’un parfum d’agrumes nouveau, d’un artisan qui reprend un motif de zellige. On y privilégie la lenteur heureuse: petit déjeuner sous un oranger, sieste au bord de l’eau, massage qui reprend les gestes traditionnels. Le luxe, ici, ce n’est pas l’ostentation; c’est la justesse.
Les Deux Tours, un rêve d’architecture dans la palmeraie
À quelques minutes de la ville, au cœur de la palmeraie, la seconde adresse d’Akan déploie une vision différente: Les Deux Tours, imaginée par le regretté Charles Boccara. Ici, l’architecture flirte avec le jardin, les ombres dessinent des patios, l’eau raconte les heures chaudes. On circule comme dans un poème, de perspective en échappée, avec ce sentiment délicieux d’être perdu juste ce qu’il faut.
C’est l’illustration parfaite de la boussole d’Akan: une beauté vivante, à hauteur d’homme, faite de matériaux qui patinent et d’espaces qui respirent. La maison ressemble à un voyage immobile, où la lumière change tout, tout le temps.
La beauté comme boussole
Dans la collection, chaque maison possède un fil esthétique clair: sobriété, matières naturelles, artisanat marocain, végétal généreux. Les volumes restent confortables, les lignes apaisantes, et la technique se cache derrière la poésie du lieu. On parle d’acoustique, de fraîcheur d’air, de circulation invisible: tout ce qui rend un séjour fluide sans voler la vedette au paysage.
Une collection singulière, une vision commune
Le mot Akan — structure, corps — n’est pas qu’un clin d’œil linguistique. Il exprime l’ambition d’une collection d’hospitalité où chaque maison garde son caractère, mais partage une même ossature: sens du lieu, respect des racines, excellence discrète. Pas une chaîne, plutôt une famille élargie où les adresses se répondent sans se ressembler.
Cette philosophie dialogue avec d’autres traditions du voyage, qu’on retrouve dans les grandes capitales hospitalières. À Rome, par exemple, le florilège d’adresses de caractère rappelle combien la personnalité d’un hôtel fait la différence: les joyaux de l’hospitalité romaine. Et si l’on parle d’aspirations des voyageurs — santé, sérénité, reconnexion — on observe en Europe une vraie quête de sens, illustrée par ces destinations qui célèbrent le bien-être: santé et sérénité.
L’hospitalité contemporaine ne se résume plus à un check-in souriant; elle se vit comme un art de la relation, une attention portée aux micro-détails qui réenchantent le quotidien. La table devient un manifeste — les produits du terroir, la cuisine du marché, les recettes qui racontent un territoire et une saison —, écho aux endroits où la gastronomie tisse un lien social puissant, jusque dans des lieux inattendus: l’assiette comme mémoire.
Demain, entre transmission et mesure
Le futur d’Akan ne promet pas des ouvertures à la chaîne; il parle plutôt de transmission et de mesure. Former les équipes, travailler main dans la main avec les artisans, soutenir les filières locales, soigner la durabilité sans sacrifier l’élégance, et garder l’humain au centre même lorsque le numérique simplifie les usages. La croissance? Oui, mais au rythme des maisons qui le méritent et des rencontres qui font sens.
Dans cette aventure, la famille demeure au cœur du projet, comme garant d’un équilibre précieux: assez de structure pour tenir la promesse, assez de liberté pour laisser chaque lieu respirer. Une manière de rappeler qu’au Maroc, l’hospitalité n’est pas un concept: c’est une façon d’habiter le monde, et d’inviter le voyageur à s’y sentir chez lui.