Imaginez François Simon face à un climatiseur XXL, la Seine en coulisse: l’esprit parfait de ces pages d’été délicieusement insolites. Journaliste épicurien, inoxydable par la cuillère et indiscipliné par vocation, il transforme les petites tracasseries de la réservation — QR codes, numéros, barrières — en clins d’œil malicieux: rien d’ingérable, on ne vous demandera pas de boire la Seine. Loin des clichés (Saint-Tropez, Dubaï, Center Parcs), cap sur un dîner croisière où son anonymat timide se fond à merveille sur un Bateau-Mouche. Entre souvenirs littéraires et un refrain intérieur façon rock expérimental, il vous embarque avec fantaisie et humour pour réserver sans soupirer et lever l’ancre avec le sourire.
Réservation en main et sourire au coin des lèvres, imaginez un dîner sur les Bateaux-Mouches raconté avec l’œil goguenard de François Simon : insolence légère des « pages d’été », petites absurdités des files d’attente, fantaisie des plats, éclats de rire qui ricochent sur la Seine. Cet article vous embarque dans une chronique gourmande et ludique, où l’on apprivoise les réservations avec humour, on glisse d’un pont à l’autre comme d’une anecdote à la suivante, et l’on découvre qu’un critique au flegme légendaire peut transformer un simple ticket QR en aventure romanesque et pétillante.
Le décor est planté : une brise qui dompte la chaleur, un vacarme de ville assourdi par les clapots, et ce moment improbable où François Simon se retrouve attablé face à un climatiseur XXL, la Seine en horizon. Le genre de scène qui condense son art : saisir l’étrangeté du quotidien, faire de l’incongru une gourmandise, et tirer de la logistique moderne – codes, mails, portiques – un récit à la fois caustique et tendre.
On oublie souvent qu’avant d’être l’une des plumes gastronomiques les plus suivies, ce drôle d’épicurien a commencé là où il ne se sentait « expert » en rien : rubrique chiens et faits divers, puis gastronomie par accident heureux, propulsé par l’école Gault & Millau. Fidèle au Figaro pendant plus de trois décennies, timide au point d’en faire un style, il a cultivé l’anonymat en pleine lumière, de plateaux télé à des chroniques où l’on reconnaît sa griffe sans jamais l’apercevoir tout à fait.
Réserver sans se prendre les pieds dans la rambarde
Il y a, bien sûr, ce rituel contemporain : le QR code qui brille, le numéro de réservation qu’on jure de ne plus égarer, la barrière à franchir, le deuxième contrôle qui surgit comme un ressort. Rien de tout cela n’est dramatique ; ce n’est pas « boire le fleuve » que de patienter dix minutes de plus. Mieux : transformez l’attente en prologue, comme un amuse-bouche littéraire avant l’embarquement. Prévoyez d’arriver un peu en avance, demandez – poliment – une place près de la baie, et pensez au sens du courant : au soleil couchant, la lumière cajole les façades et polit les silhouettes.
Les nerfs démangent avant l’heure ? Faites-les danser. Un petit match sur une piste de padel près de Paris mettra votre impatience au pas et ouvrira l’appétit avec élégance. Après tout, l’échauffement, c’est la moitié du plaisir.
Quand la plume s’amarre à l’assiette
Une fois à bord, la chronique s’écrit toute seule : le cliquetis des couverts, l’écho d’un violon, la silhouette d’un pont qui défile. L’épicurien en lui découpe les détails comme on tranche une terrine : une sauce un peu effrontée, un pain qui craque, un dessert qui fait clin d’œil. Loin des clichés carte postale, le dîner-croisière devient un théâtre mouvant où l’on ne sait plus très bien ce qui brille le plus, de la Tour de fer ou du regard des convives.
On raille parfois les destinations « à la mode » — Saint-Tropez, Dubaï ou un Center Parcs en plein été — mais les écrivains ont un faible têtu pour la Seine. Sur l’eau, ils se réconcilient avec le temps et les ponts, et préfèrent la rumeur feutrée du fleuve à l’exotisme tapageur.
La fantaisie des « pages d’été » flottant entre deux rives
Les « pages d’été », ce sont ces chroniques qui fanfaronnent en sandales : plus légères, plus joueuses, mais pas moins fines. Dans ce registre, François Simon excelle. Il a cette paresse appliquée qui signe les meilleurs flâneurs : publier une ribambelle de livres (dont un récent chez Flammarion, judicieusement intitulé comme une question qui démange : « Y retournerai-je ? »), hanter les ondes et, paradoxe délicieux, cartonner sur Instagram avec une communauté qui ferait rougir bon nombre de pop stars.
Résultat : ses billets d’humeur tiennent à la fois du carnet de dégustation et du journal de bord. Une bouchée, une parenthèse, une observation à contretemps, et l’on passe d’une recette bien nappée à une anecdote sur un serveur qui aurait pu être danseur de rock. La Seine déroule, le stylo papillonne, l’appétit suit.
Portraits au fil de l’eau
À bord, chaque table est un chapitre. Le couple qui fête ses noces et prétend ne jamais manger de dessert finit par partager un millefeuille. La bande d’amis qui se promet de « rester sage » commande finalement une deuxième bouteille. L’oncle discret qui connaît l’histoire de chaque pont devient le guide officieux du voisinage. Le chroniqueur les croque en souriant : jamais moqueur, toujours joueur. C’est l’une de ses signatures : une ironie qui tient davantage du clignement d’œil que du coup de griffe.
La bande-son du fleuve
La nuit avance, la ville fredonne. Sur un vieux vinyle oublié, quelqu’un a jadis murmuré que la scène, c’est aussi une façon de briller. Le critique, lui, ne cherche pas le projecteur : il se contente d’ajouter une note de basse au paysage. Les colonnes d’un album de 1980, l’ombre d’un chanteur aux rythmes anguleux, un producteur aux guitares en apesanteur… clin d’œil sonore pour rappeler que l’élégance peut être exacte, presque géométrique, sans cesser d’être joyeuse.
Réservations, petits secrets et grands sourires
Primo : anticipez. Les Bateaux-Mouches aiment l’enthousiasme planifié. Choisissez votre créneau selon la marée citadine : tôt pour la lumière blonde, plus tard pour le velours nocturne. Secundo : table « vue Seine » si possible, en prévenant gentiment lors de la réservation. Tertio : allergènes, choix végétariens, surprise d’anniversaire… glissez vos précisions dans un message courtois, vous verrez que la cuisine sait écouter autant qu’elle sait mijoter.
La tenue ? Ni smoking bravache ni claquettes doudou. Une élégance respirable suffit, avec un gilet pour la brise de fin de trajet. Le budget ? On savoure mieux quand on sait ce que l’on s’offre : formule, accords mets-vins, option fenêtre. Et puisqu’on parle de temps long, prolongez la fête en imaginant d’autres échappées. Une parenthèse verte, par exemple, avec ces escapades familiales en Bourgogne–Jura qui sentent bon les sentiers et le fromage bien élevé.
Avant/Après le fleuve : mini-itinéraires pour prolonger la magie
Avant d’embarquer : flânez rive droite, attrapez un café au comptoir, feuilletez un guide inutile (les meilleurs sont ceux qui se trompent) et repérez déjà votre pont fétiche. Après le dessert : remontez doucement le quai, laissez vos pas choisir, dénichez un bar à vins confidentiel, et essayez la règle du « dernier verre raisonnable » qui n’a jamais fonctionné pour personne. Pour les amoureux des fêtes calendaires, notez ces idées de destinations festives pour célébrer le Nouvel An : vous verrez qu’un réveillon bien ourlé se prépare avec la même malice qu’un dîner sur l’eau.
François Simon, l’anonymat en pleine lumière
On le dit timide, et pourtant son anonymat fut parfois un numéro d’équilibriste à la télévision : apparaître sans se montrer, raconter l’assiette en filigrane, déguster sans posture. C’est une façon de rester du côté du lecteur, de celui qui cherche la bonne place, le bon rythme, le bon plat. Ses chroniques n’érigent pas des monuments, elles ouvrent des portes. En témoigne son influence numérique – une communauté massive sur Instagram – et ce fil rouge : raconter la table comme on raconte un détour dans une ville aimée.
Le plus amusant, c’est que son style, réputé nonchalant, touche par sa précision. Nul besoin de rhétorique en trompettes : une image (un moteur d’air glouton, la peau de la Seine qui frissonne), un détail (une miette de pistache sur un col, un serveur qui sait disparaître), et le paysage s’illumine. C’est cette économie jubilatoire qui rend ses pages d’été si singulières : la légèreté comme discipline, l’humour comme politesse de la gastronomie, la fantaisie comme boussole pour traverser les petites contrarités d’un monde bardé de codes et de confirmations.
Sur un Bateau-Mouche, cette méthode fait merveille. Elle apprivoise le protocole, rend la réservation presque romanesque, transforme la file en défilé et le contrôle en virgule. Et quand, enfin, l’assiette arrive, c’est la ville qui devient sauce, et le fleuve, la bande originale d’un soir qu’on n’a pas envie de refermer trop vite.