Tourisme en Dordogne : les raisons surprenantes du retrait de panneaux publicitaires par un couple

EN BREF

  • À Audrix (Périgord noir), un couple d’éleveurs anime des spectacles équestres estivaux et des repas au Meynet Ranch.
  • Pour attirer le public, ils installent quatre panneaux publicitaires sur terrains privés avec accord municipal.
  • Mi-juillet, la CCVH exige le retrait au nom de la réglementation nationale interdisant la publicité en communes de moins de 10 000 habitants.
  • Il existe une tolérance pour les événements temporaires, mais sur quelques jours, pas tout l’été (8 semaines).
  • Décision appuyée par des plaintes de particuliers et de restaurateurs; des panneaux auraient été renversés.
  • Mise en demeure assortie d’astreintes d’environ 250 € par jour et par affichage en cas de maintien.
  • Les éleveurs dénoncent un manque de communication et de soutien, tout en revendiquant leur rôle pour le tourisme en Dordogne.
  • Une solution proposée: panneaux plus petits et dates changeantes; ils retirent finalement l’affichage.

Au cœur du Périgord noir, un couple d’éleveurs d’Audrix a dû retirer des panneaux publicitaires installés pour promouvoir leurs spectacles équestres estivaux et leurs repas fermiers. Saisie à la suite de plaintes, l’intercommunalité a rappelé la réglementation nationale interdisant la publicité dans les communes de moins de 10 000 habitants, sauf tolérance de courte durée, assortissant sa demande d’une menace d’astreintes. L’affaire met en lumière les tensions entre l’essor du tourisme en Dordogne, la visibilité des acteurs locaux et le respect des règles d’affichage.

À Audrix, l’été bat son plein et, chaque mercredi soir, les chevaux piaffent tandis que les vaches gasconnes s’alignent pour une démonstration de travail au bétail « façon Ouest ». Ces soirées portées par un couple d’éleveurs ont pris de l’ampleur : le public vient pour l’authenticité, la poussière ocre de la carrière, la chaleur d’août, et les repas à base de viande de la ferme servis au Meynet Ranch. Pour se faire connaître, le duo a posé quelques enseignes en début de saison, sur des espaces privés, avec – selon eux – l’accord des mairies concernées.

Mais à la mi-juillet, un enchaînement administratif s’enclenche : des signalements parviennent d’abord aux services du Département, puis le dossier atterrit à la Communauté de communes Vallée de l’Homme (CCVH). Verdict : retrait des supports exigé, sous peine d’amendes journalières par panneau, au motif que la publicité est prohibée en milieu rural hors cas très limités et très temporaires. Un choc pour des éleveurs qui ne communiquent ainsi que quelques semaines par an.

Un couple d’éleveurs au cœur du Périgord noir

Dans ce coin de Dordogne où la forêt frôle les falaises, le ranch vit au rythme des bêtes et du public. Les cavaliers évoluent au milieu du troupeau, gestes précis et discrets, tandis que la pénombre tombe sur la carrière. L’ambiance, à la fois rustique et spectaculaire, dépayse autant qu’elle raconte un savoir-faire ancestral revisité. Les visiteurs prolongent souvent la soirée autour d’une table paysanne, avant de partir à la découverte des sites emblématiques du Périgord noir ou d’un sentier caché en Dordogne le lendemain.

Cette proposition de tourisme rural repose sur une saison courte : huit semaines d’animations, deux soirs par semaine. La visibilité locale devient alors décisive, d’où l’idée de panneaux directionnels et informatifs posés en amont de l’été.

De l’affichage saisonnier à la mise en demeure : ce que dit la réglementation

En France, la publicité extérieure suit un cadre strict. Dans les communes de moins de 10 000 habitants, l’affichage publicitaire est généralement interdit, avec des tolérances très limitées pour des événements temporaires — et sur des durées courtes. Par délégation, les intercommunalités instruisent et contrôlent ces dispositifs, au nom de la protection des paysages et des entrées de bourg.

À Audrix et aux alentours, l’installation de quelques panneaux — au nombre restreint — a suscité des plaintes de particuliers et de professionnels, dont certains restaurateurs. Après vérification, l’intercommunalité a demandé le retrait des supports sur toute la période estivale, estimant la durée trop longue pour relever d’une simple tolérance. La mise en demeure s’est accompagnée de la menace d’astreintes d’environ 250 € par jour et par panneau en cas de maintien.

Une compétence locale sous contrainte nationale

Si les éleveurs affirment avoir posé leurs panneaux sur des terrains privés avec l’aval des mairies, ces accords ne dérogent pas à la réglementation nationale. Les collectivités locales, tenues d’appliquer la loi, proposent parfois des compromis : supports plus petits, dates intégrées et panneaux alternés pour rester dans une logique d’affichage éphémère. Dans ce cas, des solutions de repli auraient été envisagées, sans aboutir immédiatement, d’où la procédure et le retrait final.

Tensions locales : quand promotion rime avec concurrence

Au-delà du droit, l’épisode révèle une friction bien connue des territoires touristiques : comment concilier l’attractivité créée par de nouveaux rendez-vous avec la concurrence ressentie par certains acteurs, notamment les restaurants ? Les soirées du ranch ne transforment pas le site en établissement de bouche permanent ; elles s’inscrivent dans une programmation courte, dans l’esprit d’un événement. Les organisateurs assurent d’ailleurs rediriger des visiteurs vers les tables voisines les autres jours, contribuant à irriguer l’économie du coin.

La perception, pourtant, varie selon les riverains. Quelques panneaux renversés, des échanges compliqués, des appels restés sans réponse : le sentiment d’un manque de communication s’est installé. De part et d’autre, on dit vouloir « faire au mieux », mais la mécanique administrative, elle, laisse peu de marges lorsque l’affichage devient durable sur la saison.

Quelles alternatives pour rester visible sans enfreindre la loi ?

Pour des animations de tourisme rural concentrées sur l’été, plusieurs leviers existent : privilégier des panneaux de petit format changés au fil des dates, n’afficher que sur de très courtes périodes, coordonner les emplacements avec l’office de tourisme, ou encore renforcer la présence en ligne. Une signalétique discrète à l’entrée de l’exploitation et des relais chez des partenaires (hébergeurs, sites à visiter) complètent l’arsenal.

Les collaborations éditoriales et les itinéraires thématiques peuvent aussi jouer le rôle de « balises » numériques. Mettre en avant, par exemple, une excursion vers le Gouffre de Padirac, une nuit insolite en cabane dans les arbres près de Bordeaux pour prolonger le séjour, ou des chroniques locales telles que ce voyage audacieux en C15 passé par la Dordogne. Ces contenus créent une toile de fond qui attire l’attention sur des propositions plus confidentielles comme un spectacle équestre à la ferme.

Itinéraires et vitrines numériques à privilégier

Associés à des pages dédiées aux incontournables du Périgord noir et à des balades vers un sentier caché, des calendriers en ligne, newsletters et réseaux sociaux peuvent remplacer efficacement un affichage physique continu. L’idée : informer au bon moment, au bon endroit, sans saturer l’espace visuel des villages.

Pourquoi cette affaire en dit long sur le tourisme en Dordogne

Au-delà d’un différend ponctuel, ce dossier interroge l’équilibre entre la préservation des paysages, la lisibilité de l’offre locale et la vitalité d’un tourisme à taille humaine. La Dordogne vit en grande partie d’un patrimoine naturel et bâti qui justifie des règles strictes ; elle vit aussi de la créativité d’acteurs qui, l’été, font vibrer les soirées, des ranchs aux marchés gourmands. Entre ces deux réalités, la médiation et des formats d’affichage temporaire mieux balisés pourraient offrir des issues plus apaisées.

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