Val-de-Marne : L’ambassadeur du tourisme toujours en quête de sa renaissance

EN BREF

  • Le CDT, « ambassadeur » du tourisme du Val-de-Marne, cherche sa renaissance.
  • La dissolution a été rejetée par le conseil d’administration, le CDT reste en sursis.
  • Fin de la subvention départementale annoncée, en raison de fortes contraintes budgétaires.
  • Lettre d’Olivier Capitanio à Mélanie Nowak : décision « douloureuse » sans critique des résultats du CDT.
  • Alerte de Christophe Arietano (Club hôtelier Rungis Orly) sur l’attractivité territoriale menacée.
  • Contexte porteur : Grand Paris Express et Cité de la gastronomie à l’horizon.
  • Pistes de survie : recentrer les actions, flécher la taxe additionnelle de séjour, activer des financements complémentaires.
  • Objectif voté : en 2026, une aide au moins égale à la taxe départementale.
  • Large mobilisation du secteur : pétition d’acteurs du tourisme et des loisirs.
  • Risques immédiats : possibles licenciements d’une douzaine de salariés et fragilisation de l’écosystème au‑delà du périphérique.

Malgré un premier ouf de soulagement après le rejet d’une dissolution, l’« ambassadeur » du tourisme en Val-de-Marne — le Comité départemental du tourisme (CDT) porté par Val-de-Marne tourisme et loisirs — demeure en sursis. La collectivité entend cesser sa subvention, obligeant le réseau d’acteurs à imaginer une renaissance par la sobriété budgétaire, une part de taxe de séjour dédiée et de nouveaux partenaires, alors que se profilent des opportunités d’attractivité majeures avec le Grand Paris Express et la Cité de la gastronomie.

Longtemps considéré comme l’interface « maison » de l’attractivité du territoire, le CDT du Val-de-Marne avance aujourd’hui dans une zone grise. À l’ordre du jour d’un récent conseil d’administration de Val-de-Marne tourisme et loisirs, la proposition de dissolution a été repoussée par une large majorité. Un répit, mais pas une issue. Car, en amont, les administrateurs avaient été informés de la volonté du département de ne plus subventionner l’association, au vu d’un contexte financier resserré.

Dans un courrier daté du 13 octobre, le président du conseil départemental, Olivier Capitanio, a exprimé une décision « douloureuse », tout en saluant la pertinence de l’action du CDT. Une position nuancée, qui laisse entrevoir la recherche d’un cadre financier renouvelé plutôt qu’un jugement sur la performance de l’outil. Le 25 novembre, les échanges avec le bureau du CDT ont confirmé l’urgence d’imaginer une trajectoire de transition.

Pour le monde professionnel, faire disparaître ce levier serait un choc. Christophe Arietano, trésorier de l’association et président-fondateur du Club hôtelier du Val-de-Marne (CHRO), rappelle qu’aux portes du Grand Paris Express et de la Cité de la gastronomie, l’écosystème local a besoin d’une tour de contrôle. Sans cette « machine » qui coordonne, valorise et relie, qui portera la voix de la destination au-delà du périphérique ?

Au fil des années — depuis la fin des années 1990 —, le CDT a patiemment tissé un écosystème avec des guides-conférenciers, des hôteliers, des restaurateurs, des musées et des bases de loisirs. Une symbiose que décrit aussi Hélène Sallet-Lavorel, ancienne directrice, pour qui l’outil est « partenarial » par essence et indispensable à l’équité territoriale. L’onde de choc d’une dissolution serait double : un signal négatif envoyé au marché et la perte potentielle d’une douzaine de salariés spécialisés dans la promotion et l’ingénierie touristique.

La mobilisation dépasse le département. Une pétition rassemble des acteurs franciliens des loisirs et du tourisme, inquiets de voir se déliter un maillage opérationnel qui a prouvé son efficacité. Les signataires plaident pour une évaluation chiffrée des retombées économiques générées par les actions du CDT à l’échelle du territoire, du remplissage hôtelier à la vitalité commerciale, en passant par l’emploi local.

Face à l’impératif de sobriété budgétaire, plusieurs pistes émergent. D’abord, un recentrage sur des actions prioritaires à forte valeur ajoutée : accompagnement des filières, campagnes ciblées, ingénierie d’itinéraires et événementiel ancré dans les temps forts du territoire. Ensuite, l’idée de reverser au CDT l’équivalent de la taxe additionnelle de séjour — certaines communes prévoyant de la revaloriser — fait son chemin. Une résolution adoptée en CA suggère d’allouer, dès 2026, une subvention au moins égale au montant de cette taxe, tout en recherchant des financements complémentaires.

Dans une logique d’exemples inspirants, d’autres destinations témoignent de l’intérêt de coalitions locales solides et de modèles hybrides : l’office de tourisme de Lamastre rappelle l’importance du lien de proximité, quand des lieux patrimoniaux comme le château Sainte-Colombe (Hérault) montrent comment l’identitaire alimente l’attractivité culturelle. À Brest, le Cercle naval et l’office de tourisme illustrent la force des alliances territoriales, tandis que la Charente-Maritime développe un tourisme vert structurant. Enfin, Figeac incarne la montée en puissance des écolabels et du tourisme durable, un axe incontournable pour le Val-de-Marne.

Appliquées localement, ces inspirations passeraient par trois chantiers : un plan de financement mixte (taxe de séjour, mécénat d’entreprise, appels à projets), une gouvernance élargie aux intercommunalités et aux grands sites, et un tableau de bord clair de KPIs (nuitées, panier moyen, fréquentation des lieux culturels, parts de marché sur des clientèles cibles). Le tout dans une démarche d’écoresponsabilité visible, alignée sur les attentes actuelles des voyageurs.

Les opportunités à horizon proche plaident pour un maintien et une refonte plutôt que pour une page blanche. Le Grand Paris Express redessinera les mobilités et les temps d’accès aux sites, ouvrant des corridors nouveaux entre hébergements, pôles culturels et espaces naturels. La Cité de la gastronomie offrira une vitrine d’excellence où tisser des itinéraires gourmands, des résidences de chefs, des marchés et expériences autour du patrimoine culinaire.

Dans ce contexte, l’« ambassadeur » doit redevenir un chef d’orchestre agile : éditorialisation de la destination au fil des saisons, renforcement du B2B (agences, réceptifs, MICE), appui aux hébergeurs et aux sites dans la montée en gamme digitale, animation de routes thématiques (fleuve, architecture, sport, nature), déploiement d’outils de data pour piloter la demande. Une feuille de route qui suppose de sécuriser un socle financier et de valoriser, sans tarder, l’intelligence collective déjà à l’œuvre.

La reconquête passe, enfin, par une promesse claire faite aux habitants et aux visiteurs : un tourisme de proximité, durable, créateur d’emplois et de fierté. C’est le sens des messages portés par les professionnels et les signataires mobilisés : préserver le CDT, non par réflexe défensif, mais parce qu’il demeure le principal levier de développement touristique et d’équilibre territorial pour le Val-de-Marne.

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