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EN BREF
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Plateforme publique encore discrète mais essentielle, France Tourisme Durable propose des conseils opérationnels, un bilan personnalisé et une cartographie pour guider agences, offices de tourisme, hébergeurs et autres acteurs vers une transition écologique crédible. Cet article décrit son fonctionnement, en expose les chiffres clés, détaille les leviers d’action (mobilités, eau, déchets, biodiversité), illustre par des cas inspirants et indique les premières étapes pour s’engager sans tarder.
Conçue avec le concours d’Atout France et de partenaires institutionnels, la plateforme France Tourisme Durable s’adresse d’abord aux professionnels du voyage qui souhaitent structurer leur démarche de tourisme responsable. Gratuite et ouverte, elle agrège des ressources pratiques, des articles et carnets qui éclairent les enjeux, et surtout un outil de diagnostic individuel pour situer chaque structure par rapport à ses engagements, ses besoins et ses marges de progression. L’ambition est simple et concrète : outiller la profession pour qu’elle propose au public des expériences plus respectueuses des lieux, des habitants et de l’environnement.
Une plateforme ouverte et un accompagnement structuré
Le cœur du dispositif tient dans un bilan personnalisé qui, en quelques étapes, aide à évaluer la maturité de votre organisation sur des volets clés : mobilité des visiteurs, consommation d’eau, gestion des déchets, énergie, biodiversité, ancrage local et expérience client. Le résultat prend la forme d’un positionnement clair, assorti de recommandations prioritaires et d’idées d’actions graduées selon votre contexte (taille, territoire, saisonnalité). Une rubrique de type « carte du tourisme durable » permet de visualiser les enjeux par territoire, pour mieux cibler ses efforts là où ils sont les plus utiles.
Des chiffres qui changent la perspective
Quelques ordres de grandeur, mis en perspective par la plateforme, permettent de comprendre l’urgence et l’ampleur de la transformation. En France, l’activité touristique se concentre très fortement : une part proche de 80 % des flux se joue sur une fraction réduite du territoire, ce qui accentue les pressions locales. Le secteur pèse lourd dans l’économie : près de 2 millions d’emplois et environ 7,5 % du PIB, avec un rôle majeur de l’hôtellerie-restauration qui rassemble plus d’un million de salariés. Côté climat, le diagnostic est sans équivoque : environ trois quarts des émissions du tourisme proviennent de la mobilité des visiteurs (voiture, avion, etc.), et la part du tourisme atteint autour de un dixième des GES nationaux. Le contexte de réchauffement s’est déjà matérialisé, avec une hausse moyenne de la température de l’ordre de +1,7 °C depuis 1900. Les territoires touristiques produisent en moyenne nettement plus de déchets que le reste du pays (plus de 50 % supplémentaires), et la consommation d’eau d’un vacancier grimpe souvent bien au-delà du quotidien (autour de 230 litres par personne et par jour en vacances contre environ 148 litres hors vacances). Sur le plan écologique, près d’un quart des espèces évaluées en France sont menacées, une proportion encore plus forte en Outre-mer. Les attentes des clients sont très claires : plus de 8 Français sur 10 souhaitent des offres écoresponsables au restaurant, et une majorité estime que c’est d’abord aux professionnels du tourisme d’agir pour réduire l’empreinte environnementale des séjours.
Quel impact pour les acteurs du voyage ?
Pour les agences, offices de tourisme, hébergeurs ou transporteurs, l’intérêt est double : prioriser les actions à fort effet et documenter les progrès auprès de la clientèle. Un TO qui assemble des itinéraires européens peut, par exemple, s’appuyer sur le diagnostic mobilité pour arbitrer les modes de transport et réduire les tronçons aériens les plus émetteurs. Les enjeux décrits dans des pages dédiées aux circuits européens en avion restent d’actualité : optimisation des hubs, substitution par le rail sur les trajets inférieurs à quelques heures, incitation au slow travel et à la micro-aventure. Le bilan personnalisé, en identifiant les « points chauds » de vos offres, facilite ces reconfigurations.
Des cas et inspirations de terrain
La transition se nourrit d’exemples concrets. Côté gouvernance locale, le rôle d’un responsable d’office de tourisme à Guingamp illustre comment un territoire peut structurer une feuille de route durable en coordonnant hébergeurs, restaurateurs et acteurs de la mobilité. Dans l’hébergement, l’engagement du centre d’accueil de Saint-Front montre la mise en place d’actions tangibles : sobriété énergétique, gestion fine de l’eau, tri et valorisation des déchets, partenariats avec des producteurs locaux. La diffusion des flux est un autre levier : un village jurassien, havre de paix, met en évidence l’intérêt de proposer des échappées apaisées, hors des itinéraires saturés. Enfin, la réflexion ne s’arrête pas aux frontières : des expériences de tourisme responsable au Népal alimentent une culture commune des bonnes pratiques, utile aux opérateurs français qui conçoivent des voyages lointains.
Se repérer, cartographier, prioriser
La « carte du tourisme durable » est plus qu’une visualisation : c’est un outil de décision. En superposant des données de fréquentation, de pression sur l’eau ou de sensibilité écologique, on repère rapidement les saisons et zones à risque de surfréquentation. Une office de tourisme peut alors pousser des alternatives temporelles (inter-saison) ou spatiales (sites proches mais moins fréquentés), tandis qu’un hébergeur ajuste ses messages de sobriété dans les périodes tendues (incitation à réutiliser le linge, réducteurs de débit, récupération d’eau de pluie). L’outil favorise aussi la concertation entre acteurs d’un même bassin de vie pour mutualiser des solutions.
Mobilités : le premier gisement de décarbonation
Parce que la mobilité concentre l’essentiel des émissions, c’est là que les gains sont les plus rapides. La plateforme met en avant un bouquet d’actions : ajouter une option rail quand le temps de trajet est compétitif, construire des offres multimodales (train + navette + vélo), allonger la durée moyenne des séjours pour limiter le nombre d’allers-retours, encourager la proximité (destinations à moins de quelques heures), mieux informer sur l’empreinte carbone de chaque choix. Les compensations peuvent exister, mais c’est la réduction à la source qui prime. Les agences gagnent à former leurs conseillers pour expliquer simplement ces arbitrages, preuves et comparatifs à l’appui.
Eau, déchets, énergie : sobriété joyeuse et mesurable
La surconsommation d’eau en vacances et la hausse des déchets dans les zones touristiques invitent à des dispositifs visibles et pédagogiques : fontaines + gourdes, tri renforcé avec signalétique multilingue, compostage, partenariat avec des ressourceries locales. En hôtellerie, la sobriété passe par la maintenance (réducteurs de débit, détecteurs de présence), l’approvisionnement (circuits courts, menus de saison) et des paliers d’engagement communiqués au client. La démarche s’appuie sur des indicateurs simples : litres d’eau par nuit, kg de déchets par séjour, kWh par chambre. Mesurer, afficher, améliorer.
Biodiversité et ancrage local
Dans les espaces naturels fragiles, la priorité est de préserver plutôt que de « consommer » le paysage. Des parcours balisés, des chartes de visite, une médiation culturelle et naturaliste, et des partenariats avec des guides locaux réduisent l’impact et enrichissent l’expérience. L’achat responsable (producteurs de proximité, artisanat, labels) solidifie les filières du territoire et diffuse la valeur au-delà des sites hyperfréquentés.
Outils, formation et communication
La plateforme rassemble des ressources de formation et des guides pour structurer un plan d’action : rédaction d’une politique RSE, sensibilisation des équipes, intégration de critères environnementaux dans les contrats fournisseurs, modalités de reporting. Côté client, l’information doit être factuelle et désirante : mettre en scène les bénéfices (silence, air pur, rencontres), expliquer les choix (train, saisonnalité) et proposer des gestes simples qui améliorent l’empreinte du séjour sans altérer le plaisir. La forte attente des consommateurs en matière d’offres écoresponsables rend cette transparence differentiatrice.
Pour qui et comment commencer ?
La démarche s’adresse à tous les professionnels du tourisme, de la petite agence au réseau d’hébergements. Première étape : réaliser le bilan personnalisé pour situer vos priorités. Deuxième étape : choisir quelques actions à fort impact (mobilité, eau, déchets) et organiser leur déploiement avec des indicateurs simples. Troisième étape : partager vos progrès par des récits et des preuves, en vous inspirant des retours d’expérience comme ceux de Guingamp, de Saint-Front ou des destinations apaisées du Jura. Pour explorer les ressources et accéder à l’outil, rendez-vous sur la plateforme publique France Tourisme Durable (francetourismedurable.gouv.fr).