Brest et le Cinéma : A Big Bold Beautiful Journey, un Duo Prometteur mais Décevant

EN BREF

  • À Brest, focus cinéma sur A Big Bold Beautiful Journey de Kogonada.
  • Duo central : Margot Robbie et Colin Farrell, prometteur mais décevant.
  • Intrigue : rencontre à un mariage, covoiturage via un GPS mystérieux à travers des souvenirs.
  • Atouts visuels : féerie, onirisme, palette de couleurs et esthétique soignée.
  • Limites : saynètes à l’eau de rose, messages appuyés, ennui qui s’installe.
  • Appréciation critique : le « duo au sommet » ? Raté.
  • Projection : Ciné Liberté, 10 avenue Georges-Clemenceau, Brest.

Entre promesse d’évasion et réalité plus tiède, A Big Bold Beautiful Journey, projeté à Brest, affiche un duo de rêve — Margot Robbie et Colin Farrell — sous la caméra de Kogonada. Porté par un onirisme soigné et une esthétique sublime, le film déroule un périple sentimental où un GPS mystérieux ouvre des portes vers des souvenirs partagés. Mais derrière la belle vitrine, la magie retombe: la succession de saynètes à l’eau de rose s’étire, les messages se font appuyés, et l’alchimie annoncée s’évente. Retour sur une séance brestoise qui, malgré l’élan, laisse une impression mitigée.

À Brest, la salle obscurité reste un repère fidèle pour qui aime mesurer la promesse d’un film au murmure de la salle. Le voyage de Kogonada, si attendu, y a suscité autant de curiosité que de réserves. La soirée au Ciné Liberté a dessiné un contraste net entre une proposition visuelle enivrante et une ligne émotionnelle qui peine à tenir la distance.

Le long métrage s’ouvre comme une carte postale rêveuse: rencontre à un mariage, regards qui se frôlent, et un départ improvisé. Un dispositif narratif simple propulse une idée séduisante — l’amour peut-il renaître en traversant le temps, pièce après pièce, derrière des portes qui s’ouvrent littéralement sur le passé? À Brest, où le public a l’habitude de confronter les récits aux fracas de la mer et aux lumières du port, l’enthousiasme initial s’est toutefois heurté à une impression de déjà-vu.

Ce qui demeure, et que l’on ne peut contester, c’est la direction artistique. Kogonada, déjà salué pour son sens du cadre dans Columbus et After Yang, habille ici chaque plan d’une douceur picturale qui flatte l’œil. La question, à la sortie de la séance, fut pourtant simple: la beauté suffit-elle quand l’histoire s’étiole?

Brest et le cinéma

Ville de marins et de cinéphiles, Brest accueille volontiers les récits d’errance et de mémoire. Le Ciné Liberté s’impose comme un point d’ancrage où se croisent blockbusters, curiosités d’auteur et propositions hybrides — tout ce que cette œuvre prétend être. Ici, on s’éprend facilement des films qui savent tenir la barre entre ambition formelle et élan narratif.

Dans ce contexte, A Big Bold Beautiful Journey s’offrait comme une escale attendue: un voyage aux confins du souvenir, des couleurs et des sentiments. L’accueil, d’abord chaleureux, s’est mué en sourire poli, reflet d’un public attaché à la cohérence du récit autant qu’à sa lumière.

Et si l’envie d’évasion née du film vous pousse à programmer un vrai départ, les pistes ne manquent pas: week-end de caractère, évasions lointaines, parenthèses rétro. Une escapade en week-end à Salon-de-Provence prolonge la tonalité méridionale et romantique que le film effleure sans l’atteindre, tandis qu’une escapade dans le temps à Cabourg réconcilie charme rétro, villas, cinéma et promenades. Pour des fêtes de Toussaint plus urbaines, cap sur des activités insolites à Paris; et si l’appel du grand large se fait sentir, un safari en Tanzanie, côté Grumeti, ranime l’instinct d’aventure. À portée de TGV, Lyon, entre rivières, gastronomie et histoire, offre, elle, le contrechamp idéal entre saveurs et patrimoine.

A Big Bold Beautiful Journey

Le récit prend racine lors d’un mariage, moment charnière où Sarah et David — chacun échaudé par la question de l’engagement — se croisent, se jaugent, puis cèdent à l’invitation d’un covoiturage qui vire au conte. Un GPS au comportement inexplicable les dirige vers des endroits familiers, où des portes s’ouvrent sur leurs souvenirs. L’idée, ludique et magique, décline un principe: traverser une pièce, c’est traverser un âge, une émotion, un regret.

Kogonada privilégie l’onirisme: palette de couleurs veloutées, contre-jours caressants, chorégraphies de gestes plus que dialogues explicatifs. L’univers tient de la bulle suspendue — un monde où chaque reflet a son importance, où chaque rideau devient un seuil. Cette fabrique d’images impressionne, comme un album photo vivant dont la reliure serait la musique et la délicatesse des textures.

Pourtant, passé l’émerveillement initial, la mécanique s’installe: de portes en portes, l’effet se répète. Le film aligne des saynètes soignées mais prévisibles, mâtinées d’une tendresse parfois trop sucrée. Les messages — aimer, pardonner, se souvenir — sont martelés là où on les espérait chuchotés. L’esthétique somptueuse devient presque paravent, et l’émotion, paradoxalement, s’éloigne.

On devine la quête d’un miroir entre l’espace intérieur des personnages et l’espace filmé, ambition chère au cinéaste. Mais ici, le principe heurte ses limites: le film semble tourner sur lui-même, préférant la pose à l’élan, la carte postale à la trajectoire.

Un duo prometteur mais décevant

Sur le papier, l’affiche a de quoi faire frémir: Margot Robbie et Colin Farrell, duo de haute voltige, réunis pour une romance aux accents surréels. En pratique, l’alchimie peine à s’imposer. Non que les acteurs manquent d’aura: chacun livre une partition maîtrisée, le regard chargé de sous-texte, l’ironie en point de fuite. Mais leurs trajectoires se frôlent plus qu’elles ne se rencontrent, prisonnières d’un dispositif qui préfère l’illustration à l’incandescence.

Le film promet un voyage sentimental, il offre une promenade guidée. Promet une féerie sensuelle, il livre une élégance un peu compassée. À mesure que l’intrigue s’étire, les dialogues cèdent la place à la répétition des motifs, et la salle, à Brest, se fait silencieuse autrement: l’attention décroche, l’émotion reste sage.

Le plus frustrant tient à ce que l’on perçoit, tout du long, l’œuvre possible: une comédie romantique magique qui aurait osé le désordre du sentiment, l’impureté du réel, le grain du hasard. À force de vouloir tenir la promesse du « bold » dans l’image et du « beautiful » dans la texture, le film oublie d’être « big » dans l’âme.

Reste la trace d’une séance au Ciné Liberté, où l’on mesure combien un cadre somptueux ne remplace pas une écriture qui respire. À Brest, le public aime les films qui vivent au-delà du dernier plan; ici, la beauté demeure sur l’écran, mais le cœur, lui, franchit moins volontiers la porte.

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