Quand l’été baisse le rideau, le Japon allume ses projecteurs naturels : c’est la saison du koyo, le rougeoiement des feuilles qui embrase Honshu de novembre aux premiers jours de décembre. Sous les ciels clairs, érables rubis et ginkgos dorés transforment jardins et sentiers en scènes grandioses, pour un spectacle moins fugace que la floraison des cerisiers. Entre points de vue sur le mont Fuji, promenades de samouraïs et vallées thermales, l’archipel déroule cinq décors où l’automne fait son numéro en technicolor.
Au Japon, l’automne déroule un tapis de flammes douces, où érables et ginkgos font crépiter des rouges, ors et cuivres. Ce spectacle, appelé koyo, s’épanouit de novembre aux premiers jours de décembre sur l’île de Honshu, et invite à des pèlerinages poétiques, moins fugaces que la floraison printanière. Cap sur cinq lieux qui enflamment les sens : le mont Takao à deux pas de Tokyo, le jardin Okochi Sanso au cœur de Kyoto, le majestueux Kenroku-en à Kanazawa, les rives du lac Ashi à Hakone et la vallée de Kiso sur l’ancienne Nakasendo. Entre panoramas sur le mont Fuji, sentiers de cèdres et douceurs aux châtaignes, l’archipel devient un kaléidoscope de feuilles et de légendes.
Mont Takao, balcon d’automne aux portes de Tokyo
À moins d’une heure à l’ouest de Tokyo, le mont Takao transforme la randonnée en promenade dans une boîte à crayons de couleur. À l’arrivée, la gare au design soigné annonce la couleur : place à la nature sacrée et à la marche accessible. À l’automne, la montagne se drape d’une somptueuse robe fauve, et les locaux, équipés comme des champions, se pressent sur le sentier des pèlerins où les feuilles d’érables rougies se posent comme des confettis.
Pour accélérer la montée, un télésiège vous embarque dans un vol suspendu au-dessus des frondaisons embrasées. Au sommet, les points de vue dévoilent, par temps clair, la silhouette du mont Fuji veillant sur les collines chamarrées du Kanto. La descente déroule ensuite une allée de cèdres centenaires vers un temple dédié à la divinité de la montagne. On s’offre, au pied des marches, une brochette de dango grillés, énergie instantanée avant le retour à la ville.
Accès : depuis Shinjuku, la ligne Keio rallie Takaosanguchi en environ 50 minutes.
Jardin Okochi Sanso, Arashiyama en cinémascope
À Kyoto, les jardins rivalisent de beauté à l’heure du koyo, mais l’Okochi Sanso, perché sur les hauteurs d’Arashiyama à la sortie de la célèbre bambouseraie, a un charme de cinéma. Ancienne propriété de Denjiro Okochi, star des films de samouraïs, ce jardin-promenade met en scène la nature comme un réalisateur inspiré : sentier de pierres étroit, pins et érables au garde-à-vous, passages boisés au parfum de forêt indomptée.
La récompense se révèle au fil de la montée : la vue se dégage d’un coup et Kyoto semble flotter au-dessus d’une mer d’érables blonds. Un peu plus loin, derrière un rideau de feuillages, les montagnes tapissées de cyprès dressent leur décor grandiose de l’autre côté de la vallée. On termine par un thé matcha et une friandise, pour savourer le tableau jusqu’à la dernière feuille.
Accès et infos : à 15 minutes à pied de la gare d’Arashiyama, ouvert de 9 h à 15 h. Entrée d’environ 1000 yens, avec matcha et confiserie inclus.
Kenroku-en, Kanazawa en technicolor
Quand l’automne déroule sa palette du jaune moutarde au rouge carmin en passant par l’orange citrouille, le Kenroku-en, classé parmi les trois plus beaux jardins du Japon, dévoile toute sa magnificence. À Kanazawa, la « petite Kyoto » au bord de la mer du Japon, ce chef-d’œuvre conçu à l’époque Edo pour incarner les six vertus du « jardin parfait » selon la tradition chinoise, offre l’illusion d’un paysage naturel idéal.
Le grand étang central multiplie les reflets de momiji (érables rouge vif) et les perspectives infinies. Chaque allée est un cadrage soigneux, chaque pont une transition de film d’auteur. On flâne, on cadre, on recadre, et l’on repart avec des cartes postales gravées en mémoire.
Accès : en Shinkansen depuis Tokyo, comptez environ 2 h 30 jusqu’à Kanazawa.
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Lac Ashi à Hakone, entre vapeurs et volcans
Tout près de la capitale, Hakone marie sources thermales et panoramas sur le mont Fuji. Autour du lac Ashi, de nombreux points de vue tranquilles permettent d’observer, en silence, le cirque montagneux qui se consume de mille nuances. On prend la télécabine pour survoler la vallée volcanique d’Owakudani, ses fumerolles et ses œufs noirs, puis on redescend pour longer la rive à pied, cap au sud, là où la foule s’oublie.
Le sentier forestier, certifié par la Forest Therapy Society, pratique le shinrin-yoku, ces « bains de forêt » nés au Japon : respiration profonde, pas légers, et la tête qui s’éclaircit sous la canopée embrasée. L’iconique bateau pirate peut attendre ; ici, on voyage à la vitesse d’une feuille portée par le vent.
Accès : rejoignez Togendai par la télécabine depuis Sounzan, terminus du funiculaire Hakone Tozan au départ de Gora.
Vallée de Kiso, sur les pas du Nakasendo
Nichée dans les Alpes japonaises, la vallée de Kiso déroule des forêts de cèdres et de cyprès où l’automne s’allume dès le début novembre. C’est le décor parfait pour marcher sur la Nakasendo, route historique qui reliait jadis Kyoto à Edo (l’actuelle Tokyo). Certaines sections conservent encore des pavés anciens, et l’on traverse des relais de poste aux façades brunes qui s’accordent subtilement aux teintes orangées des pentes alentour.
Entre Tsumago et Magome, on s’offre une parenthèse gourmande avec les kurikinton, petites merveilles de purée de châtaignes fraîches, à savourer en tête-à-tête avec la montagne. Les pas crissent, l’air pique un peu, et chaque virage offre une nouvelle aquarelle de saison.
Accès : depuis Nagoya (environ 1 h 30 de Shinkansen depuis Tokyo), la ligne Shinano conduit à Nakatsugawa en environ 1 h ; des bus desservent ensuite les relais comme Magome ou Tsumago.
Si l’automne vous inspire aussi des escapades plus proches, laissez-vous tenter par un village du Languedoc à l’architecture singulière, ou explorez de nouvelles façons de voyager avec les échanges de maisons et le sentiment d’appartenance.