De Chantilly à Thuin, l’itinéraire de l’EuroVelo 3 – alias La Scandibérique – déroule 300 km de forêts, vallées fluviales, châteaux, abbayes et places pavées. En sept jours (ou moins si vous êtes du genre vélo-taureau), on file sur d’anciennes voies ferrées et des chemins de halage presque sans dénivelé, le tout jalonné d’adresses Accueil Vélo et Bienvenue Vélo où recharger sa batterie d’E-Bike, refaire ses gourdes et récolter de bons conseils. Voici un voyage à la vitesse de l’Europe d’antan… mais avec un petit coup de pouce électrique.
Explorer à vélo l’EuroVelo 3 : un parcours fascinant du nord de la France à la Belgique
La Scandibérique relie la Norvège à l’Espagne, mais l’un de ses chapitres les plus attachants se joue tout près de Paris : de Chantilly à Thuin. Entre forêts de chênes et de pins, vallée de l’Oise et Canal de la Sambre, on glisse au fil d’un patrimoine concentré – cathédrales gothiques, châteaux impériaux, églises fortifiées – et d’une nature tout en nuances de vert.
Bonne nouvelle pour les cyclistes hédonistes : l’EV3 est très bien balisée, souvent plate, et irriguée d’adresses labellisées Accueil Vélo/Bienvenue Vélo. Ajoutez un VAE pour avaler les kilomètres avec le sourire : casque, antivol, deux chambres à air, trousse à outils et le chargeur indispensable, on boucle tout dans les sacoches et c’est parti.
Envie d’inspiration à plus grande échelle ? Feuilletez les plus beaux itinéraires à vélo à travers l’Europe ou laissez-vous tenter par une véloroute splendide en France. Les roues n’aiment pas rester immobiles.
Chantilly, élégance à la française et coup de fouet à la crème
Après l’Eurostar jusqu’à Paris (ou Lille) puis un petit train de banlieue, on débarque à Chantilly pour récupérer une monture robuste aux pneus bien larges. Avant de s’élancer, halte au Château de Chantilly : le Musée Condé, les jardins à la française de Le Nôtre, et la célébrissime crème Chantilly au café du domaine. Ce n’est pas de la gourmandise, c’est un échauffement.
Jour 1 : de Chantilly à Compiègne — pavés, cathédrale et Oise au long cours
Les sous-bois s’ouvrent vers Senlis, perle médiévale où les pavés chatouillent les pneus. On flâne entre ramparts romains, ruelles à pans de bois et cathédrale gothique du XIIe. La Forêt d’Halatte nous engloutit de vert jusqu’à la vallée de l’Oise. Déjeuner à Pont-Sainte-Maxence, puis piste au fil de l’eau jusqu’à Compiègne, son château impérial de Napoléon III et, non loin, la clairière de l’armistice de 1918.
Jour 2 : Compiègne – Chauny — moines, arcs-boutants et odeur de pluie
La pluie tambourine ? Tant mieux, l’Oise aime les reflets. Sur le chemin de halage, l’abbaye cistercienne de Chiry-Ourscamp dévoile ses ruines habitées par une communauté de moines et une chapelle patiemment restaurée. Cap sur Noyon pour sécher sa veste et admirer la plus ancienne cathédrale du nord de la France (1145), chef-d’œuvre gothique entouré d’un quartier historique magnifiquement préservé. Nuit du côté d’Ognes, à deux tours de roue de Chauny.
Jour 3 : Chauny – Guise — art déco, écluses et trésors du quotidien
Chauny a repoussé le chaos de 14-18 avec un relooking art déco éclatant : halles, églises et hôtel de ville en sont les meilleures vitrines. On rejoint ensuite le Canal de la Sambre à l’Oise : écluses, passerelles, moulins assoupis et parfois une péniche qui chuchote. À Alaincourt, la Maison de Marie-Jeanne collectionne les objets du quotidien du XXe siècle comme un grand journal intime. Arrivée à Guise devant une forteresse gigantesque, autrefois ceinte de kilomètres de remparts et d’un vaste fossé.
Jour 4 : Guise – Fourmies — églises fortifiées et prémices des Ardennes
L’ancienne voie ferrée file dans la vallée de l’Oise, bordée d’églises fortifiées (Marly-Gomont, Englancourt, Beaurain) que les habitants protégeaient eux-mêmes. Après Hirson, le relief ondule : signe que les Ardennes approchent. À Fourmies, la mémoire textile bourdonne encore au Musée du Textile et de la Vie Sociale où les machines tournent toujours, comme si l’atelier avait sonné la pause cinq minutes plus tôt.
Jour 5 : Fourmies – Liessies — voie verte, lac géant et nuit sous la yourte
Place à la Voie Verte de l’Avesnois (ancienne ligne ferroviaire) jusqu’à Liessies. Au ValJoly, le plus grand lac au nord de Paris, on navigue entre forêts, chevaux, voiliers, VTT et piscine couverte. Suggestion slow : une balade en bateau, histoire de laisser les mollets se raconter leur journée. Pour dormir, ambiance camping rustique et yourte au cœur du Parc Naturel de l’Avesnois : pas de chauffage à l’arrière-saison, mais une bonne daube fumante et un rouge qui réchauffe.
Jour 6 : Liessies – Thuin — verre contemporain, Vauban et belfroi classé
Par monts (doux) et par champs vers Sars-Poteries : le MusVerre étonne par son architecture futuriste et sa collection de verre contemporain parmi les plus importantes d’Europe. On retrouve la voie verte jusqu’à Maubeuge, conçue par Vauban : remparts, porte de Mons et casernes racontent la ville bastion. Puis cap sur le Canal de la Sambre : 30 km de quiétude, la frontière se franchit entre Jeumont et Erquelinnes. À Thuin, on grimpe au belfroi UNESCO pour un panorama sur les jardins en terrasses qui ruissellent le long des remparts. Bonus curieux : le musée du tramway et l’écomusée des bateliers.
Conseils pratiques pour pédaler serein entre Oise et Sambre
Quand partir : de mai à octobre. Fin septembre, l’atmosphère est délicieuse, mais glissez dans vos sacoches de vrais imperméables — la bruine aime les canaux.
Équipement : short cuissard rembourré, gants, éclairage, multi-outil, deux chambres à air, trousse de premiers secours, antivol costaud, chargeur de VAE, batterie externe pour le téléphone, et un brin de ruban adhésif (sauve-tout). Les sacoches bien ajustées changent la vie.
Distances indicatives : environ 60 km (Chantilly–Compiègne), 50 km (Compiègne–Chauny/Ognes), 60 km (Chauny–Guise), 65 km (Guise–Fourmies), 24 km (Fourmies–Liessies), 59 km (Liessies–Thuin). C’est souple, vous pouvez alléger ou pimenter selon l’humeur.
Accès : Eurostar jusqu’à Paris (ou Lille), puis TER rapide pour Chantilly. Sur place, des loueurs comme Ch’tis Voyages à Vélo proposent locations et circuits en autonomie. Pour la navigation, la page officielle de La Scandibérique détaille les étapes et cartes utiles.
Logement & ravitaillement : la chaîne Accueil Vélo (France) et Bienvenue Vélo (Belgique) garantit abris sécurisés, prises de recharge et infos locales. On trouve un bel éventail de campings, gîtes, hôtels de charme, estaminets et bistrots d’auteur à distance de pédalage raisonnable, souvent tout près de l’itinéraire.
Préparer son aventure EuroVelo 3 et rêver plus loin
Pour prolonger l’échappée, explorez d’autres tronçons de l’EV3 via les pages dédiées à La Scandibérique et, si l’envie de diversité vous titille, piochez dans cette sélection de véloroutes splendides en France ou dans les plus beaux itinéraires à vélo en Europe pour élargir l’horizon.
Fan de rivages ? Rêvez un peu du côté de la côte landaise avec Biscarrosse, destination estivale. Et pour un grand écart stylé entre Adriatique et Alpes dinariques, la véloroute Venise–Rijeka vous fera changer de décor sans changer d’amour : celui du voyage à vélo.
Sur ce chapitre nord-franc-comtois et hennuyer de l’EuroVelo 3, on roule au fil des canaux, on remonte le temps dans les châteaux et on grignote un terroir aux saveurs généreuses. Les panneaux verts guident, les halages apaisent et les sacoches racontent, chaque soir, l’épopée tranquille de la journée.