Entre canopées vertigineuses et lacs silencieux bordés de falaises, la Bavière dévoile deux joyaux naturels radicalement différents et totalement complémentaires : le Parc national de la Forêt bavaroise, royaume des forêts anciennes et du granite, et le Parc national de Berchtesgaden, écrin alpin dominé par le Watzmann et les eaux émeraude du Königssee. Au programme : un vieux chemin de commerce qui mène à une œuvre de verre, une « échelle vers le ciel » taillée dans la roche, une promenade au-dessus des arbres, des fromages d’alpage, un pont suspendu, une mine de sel, un nid perché au lourd passé, et des bateaux électriques qui font chanter l’Echo Wall.
Plus grand Land d’Allemagne, la Bavière est une terre de contrastes. Bien sûr, ses châteaux de carte postale et ses bières en terrasse attirent les foules, mais ses paysages sauvages volent la vedette dès qu’on s’aventure hors des sentiers battus. Parmi les 16 parcs nationaux du pays, deux se trouvent ici et montrent deux visages du sauvage allemand : l’étendue forestière indomptée et la majesté minérale des Alpes et de leurs lacs miroirs. Un week-end de septembre encore tiède, sac sur le dos et chaussures de rando bien lacées, cap sur la Forêt bavaroise et Berchtesgaden.
Forêt bavaroise : du Böhmweg à l’Arche de Verre
Créé en 1970, le Parc national de la Forêt bavaroise est le plus ancien d’Allemagne et, avec le voisin Šumava en Tchéquie, forme la plus vaste réserve forestière continue d’Europe centrale. Nous démarrons sur le Böhmweg, ancien itinéraire commercial entre la Bavière et la Bohême, qui file à travers mousses et épicéas vers une surprenante sculpture : l’Arche de Verre (Glass Ark), alliance d’un bloc de granite monumental et d’une coque de verre creuse. Clin d’œil à la tradition verrière locale, elle rappelle aussi la fragilité de l’environnement. Ici, le parc protège des espèces discrètes comme le grand tétras, symbole d’un retour du sauvage après que la nature a repris ses droits sur des villages disparus pendant la Guerre froide.
L’Himmelsleiter : gravir l’« échelle vers le ciel » jusqu’au Lusen
En quittant l’Arche, la pente se redresse sur le sentier de l’Himmelsleiter – « échelle vers le ciel » – jusqu’au sommet du Lusen (environ 1 373 m). Sous nos pieds, une infinité de marches de granite âgées de plus de 300 millions d’années raconte la lente naissance de ces montagnes, jadis aussi hautes que l’Himalaya avant que l’érosion n’en grignote les arêtes. Au-dessus d’une mer de blocs saupoudrés de lichens vert fluo, la vue court jusqu’à la Forêt de Bohême de l’autre côté de la frontière.
À hauteur d’arbres : le Sentier des Cimes et la discrétion du lynx
Redescendre ne signifie pas quitter les hauteurs : le Sentier des Cimes près du centre d’information de Lusen déroule une passerelle de près de 1 300 m au niveau de la canopée et se termine par un belvédère ovoïde à gravir sur 44 m pour un panorama forestier sans fin. À proximité, l’enclos du lynx offre un refuge paisible à ce félin européen, le plus grand du continent, que même les rangers croisent rarement en liberté – au mieux des empreintes dans la neige. Une parenthèse silencieuse pour mieux écouter la forêt respirer.
Berchtesgaden : entre Watzmann, alpages vivants et lacs miroirs
Après un trajet de plus de trois heures vers le sud, Berchtesgaden nous accueille, blottie sous l’œil du Watzmann, troisième sommet d’Allemagne. Ses ruelles historiques aux façades peintes et balcons fleuris murmurent l’histoire d’un monastère augustin fondé en 1102. La découverte d’importants gisements de sel fit sa richesse, jusqu’à l’intégration à la Bavière en 1810 : l’abbaye devint alors un palais royal pour la maison de Wittelsbach, encore habité par leurs descendants.
Dans les entrailles de la montagne : mine de sel et pipeline historique
La prospérité locale vient de ce « trésor blanc » enfoui sous terre. À la mine de sel de Berchtesgaden, on enfile une combinaison de mineur pour glisser sur de longs toboggans polis, comme autrefois. À l’air libre, le Salt Pipeline Path suit l’ingénieuse conduite de saumure mise en service en 1617 pour acheminer l’eau salée jusqu’aux salines de Bad Reichenhall. Aujourd’hui, c’est un itinéraire parfait à pied ou à vélo, où subsistent, ici ou là, des tronçons d’époque.
Le Nid d’Aigle : panoramas vertigineux et mémoire vive
Perché sur le Kehlstein, le Nid d’Aigle (Kehlsteinhaus) se rejoint en bus, puis via un étonnant ascenseur cuivré. Offert pour le 50e anniversaire d’Adolf Hitler, ce chalet perché abrite désormais un restaurant à la vue spectaculaire. Pour comprendre l’épaisseur historique du lieu et le rôle d’Obersalzberg dans le dispositif nazi, faites halte au centre de documentation voisin : un détour nécessaire pour replacer l’éblouissement des panoramas dans leur contexte.
« Laisser la nature être nature » : le Parc national de Berchtesgaden
Au cœur des Alpes bavaroises, le Parc national de Berchtesgaden – seule aire protégée alpine d’Allemagne et réserve de biosphère de l’UNESCO – est façonné par les glaciers et dominé par le massif du Watzmann. Son credo : « laisser la nature être nature ». Environ 75 % de la surface est en zone centrale, où la dynamique naturelle s’exprime librement ; une zone tampon autorise un tourisme mesuré et une agriculture d’alpage durable. On y compte plus de 30 chalets d’alpage qui semblent sortir tout droit du XVIIe siècle.
Mille ans d’alpages : Klausbachtal, pont suspendu et velours de Hintersee
Notre balade d’une demi-journée commence dans la vallée de Klausbach. Depuis la Bindalm, pâturage traditionnel où Sepp et sa femme façonnent de fromages frais, tintent encore, par instants, les cloches d’un autre âge. En début d’automne, on peut assister à l’Almabtrieb, lorsque les vaches parées de coiffes florales regagnent la vallée. La nature ici impose son tempo : d’énormes éboulis, comme celui de 1999, ont remodelé la vallée, avalant routes et passerelles. L’emblème du jour : le pont suspendu de Klausbachtal, 55 m de long, qui ondule à 11 m au-dessus du torrent. Le sentier file ensuite vers le miroir tranquille du Hintersee, bordé du « Bois enchanté » et des dents des Dolomites de Ramsau, où glissent quelques barques.
Königssee : bateaux électriques, mur d’écho et dôme rouge de Saint-Barthélemy
Impossible de quitter sans saluer le Königssee. Depuis le débarcadère de Seelände, on embarque sur de bateaux électriques – le silence est de mise depuis 1909 pour préserver la quiétude des lieux. Au milieu des falaises abruptes, le capitaine sort une trompette : une note, et l’Echo Wall renvoie un parfait écho, frissons garantis. Première escale à Salet, d’où un court sentier mène au lac Obersee, célèbre pour sa cabane se mirant dans une eau de cristal. Puis direction la presqu’île de Saint-Bartholomä, sa église aux dômes rouges et des sentiers à foison. Les plus hardis tenteront une baignade glacée ; nous optons pour une assiette de ombre chevalier ou de truite du lac avant le retour.
Conseils pratiques pour votre aventure bavaroise
Saison idéale : la fin d’été et le début d’automne offrent ciels clairs, fraîcheur en altitude et moins d’affluence. Pour tracer votre itinéraire et savourer les panoramas en toute quiétude, ces idées de road trips en Europe à l’automne donnent le ton.
Équipement : chaussures de randonnée solides, couches contre le vent alpin, eau et en-cas. En forêt, restez sur les sentiers balisés et gardez vos distances avec la faune – le lynx préfère la discrétion.
Culture et détours : avant ou après les parcs, plongez dans l’art de vivre bavarois entre rando et bière avec ce portrait d’amateur de grand air : bière, randonnée et voyages. Envie d’une halte urbaine sur la route ? À deux pas de la Route Romantique, voici une ville universitaire réputée pour ses palais et églises. Et pour donner du relief historique à votre périple allemand : un éclairage sur les soubresauts des Länder entre guerres et périodes de vacances.
Où dormir : près de la Forêt bavaroise, le Hotel Zum Fürst’n à Eppenschlag, ferme-hôtel familiale, propose une ambiance chaleureuse avec des animaux en liberté. À Berchtesgaden, l’EDELWEISS Berchtesgaden séduit avec son piscine rooftop et son restaurant Panorama face au Watzmann. Et si vous prévoyez un stop à Munich avant de partir vers les montagnes, inspirez-vous des hôtels incontournables de Munich pour une nuit citadine mémorable.
Petits plus : à Berchtesgaden, la visite du Nid d’Aigle prend tout son sens si vous la combinez avec le centre de documentation d’Obersalzberg. Sur le Königssee, prévoyez du temps pour Obersee : le reflet de la cabane et des sommets sur l’eau immobile vaut chaque pas.