|
EN BREF
|
Fermé depuis 2020, le village de vacances de Lamoura, autrefois poumon touristique de la station des Rousses dans le Jura, pourrait entamer une nouvelle vie. Des acteurs locaux se positionnent avec des offres concrètes tandis que la décision finale appartient au liquidateur judiciaire. L’enjeu est double : rendre au site un rôle moteur pour l’économie locale et inventer un projet réaliste, loin du modèle d’hier, afin d’éviter que d’éventuels investisseurs extérieurs ne captent seuls les retombées.
Au cœur du Haut-Jura, le VVL de Lamoura s’étend comme une pièce maîtresse d’un puzzle touristique plus vaste : longtemps considéré comme la plus grande structure d’accueil du département, le site a arrêté net son activité après la procédure de liquidation judiciaire de son dernier propriétaire en 2020. Inauguré à la fin des années 1960, il a accueilli jusqu’à près d’un millier de vacanciers par saison, marquant durablement la mémoire de nombreuses familles venues en hiver comme en été.
Ces dernières semaines, le climat s’éclaircit. La municipalité confirme que des porteurs locaux travaillent à des propositions solides. Toutefois, la clé appartient au tribunal de commerce via le mandataire en charge du dossier : vendre, céder, recomposer, tout dépendra des modalités de l’appel d’offres et du calibrage du futur projet. La commune, tout comme la Communauté de communes de la Station des Rousses Haut-Jura (CCSR), ne dispose pas des capacités budgétaires pour racheter elle-même l’ensemble ; l’équation passera donc par le secteur privé… idéalement de proximité.
Le maire de Lamoura l’assure : l’histoire entre dans une phase décisive. Selon lui, on se rapproche d’une issue et la vente ne devrait pas s’éterniser. Si le rêve de restaurer « à l’identique » l’ancien village de vacances n’est plus d’actualité, l’ambition d’en faire autre chose – plus agile, plus durable, plus ancré dans le territoire – prend de l’ampleur. La priorité affichée est claire : privilégier des investisseurs locaux pour que les retombées profitent à l’écosystème des quatre villages de la station.
Le site, aujourd’hui complètement fermé et parfois visité sans autorisation par des amateurs d’urbex, a besoin d’une remise à niveau en profondeur. Sécurisation, aménagements, standards environnementaux, adaptation aux usages quatre saisons : la reconversion exigera un plan d’investissement séquencé, guidé par des objectifs clairs de fréquentation et d’emploi local.
Le passé du site explique une partie de ses fragilités actuelles. Né d’un élan de tourisme social porté par douze communes (d’Angers à Suresnes, en passant par Troyes, Rennes ou Lorient), le SIVVL a vu le modèle s’éroder au fil des ans, à mesure que les bâtiments vieillissaient et que les coûts de mise aux normes grimpaient. L’arrêt de l’activité en 2014 a ouvert une séquence de cessions complexes : vente aux enchères en 2015, offre régionale déjouée par l’acquisition d’un groupe immobilier privé, puis nouvelle liquidation en 2020. Depuis, le dossier attend un cap.
Cette trajectoire s’inscrit dans un mouvement plus large : en montagne, plusieurs destinations repensent leur offre. L’exemple de La Plagne illustre comment une station peut réinventer ses usages pour séduire toute l’année. Ailleurs, des villages de vacances abandonnés deviennent des laboratoires de reconversion, à l’image des cas suivis dans le Cantal. L’attrait de lieux atypiques, parfois relayés massivement sur les réseaux, contribue aussi à l’émergence de destinations insolites – comme le montre cette sélection devenue virale cet hiver.
Pour Lamoura, la voie la plus crédible passe par un projet sobre et multi-usages : hébergements repensés, activités quatre saisons (nature, sport, bien-être, familles), espaces modulaires pour l’événementiel et la formation, sans oublier la mobilité douce et une performance énergétique exemplaire. Un tel schéma s’appuie souvent sur des partenariats mêlant entreprises locales, exploitants touristiques et acteurs du financement à impact.
Le contexte international rappelle aussi la nécessité d’une offre résiliente et responsable : les flux touristiques peuvent être sensibles à l’actualité, comme l’illustre ce regard sur Hawaï. À l’inverse, la redécouverte de destinations proches et de qualité encourage la valorisation des territoires de montagne. Et si le soleil attire toujours, de nouveaux joyaux hôteliers aux Canaries rappellent que la transformation d’actifs touristiques peut devenir un véritable levier de relance.
Sur le terrain, les étapes clés se dessinent : cadrage du périmètre de vente, examen des offres, due diligence technique et réglementaire, plan de remise aux normes, calendrier de réouverture progressive. Le maire de Lamoura l’a laissé entendre : l’affaire ne s’étirera pas sur des années. Une fenêtre s’ouvre, à saisir rapidement pour enrayer la dégradation du site et capitaliser sur la notoriété de la station des Rousses.
Reste à concilier mémoire et avenir. Les familles qui ont connu le village de vacances gardent le souvenir d’un lieu accessible et convivial. Demain, l’ambition est d’offrir une expérience contemporaine, fidèle à l’esprit de partage et d’ancrage local, tout en répondant aux attentes d’un tourisme plus sobre, plus qualitatif, et mieux intégré aux paysages du Haut-Jura.