Dernier appel pour les Nightjet : le 14 dĂ©cembre 2025, les trains de nuit Paris-Berlin et Paris-Vienne tireront leur rĂ©vĂ©rence, laissant des voyageurs partagĂ©s entre nostalgie et stupeur. MalgrĂ© un taux de remplissage proche de 70 % en 2024, lâabsence de nouvelle subvention dâenviron 10 millions dâeuros met fin Ă ces liaisons lancĂ©es en 2021 et 2023. Pour beaucoup, câest une alternative Ă lâavion qui disparaĂźt, avec en toile de fond une question de cohĂ©sion europĂ©enne. Reste la promesse de trains de jour plus nombreux, dont lâICE Paris-Berlin en 7 h 30, qui pourrait gagner en frĂ©quence Ă lâhorizon 2027.
Des trains emblĂ©matiques disparus des rails : les voyageurs sous le choc face Ă l’arrĂȘt du trajet Paris-Berlin/Vienne
Ă lâautomne 2025, la nouvelle tombe comme un panneau âterminusâ en pleine nuit : les Nightjet entre Paris-Berlin et Paris-Vienne sâarrĂȘtent le 14 dĂ©cembre 2025. MalgrĂ© un taux de remplissage autour de 70 % en 2024 et une communautĂ© dâadeptes trĂšs engagĂ©e, lâĂtat ne reconduira pas la subvention qui tenait ces liaisons Ă flot. Entre souvenirs de couchettes et points de vue dâexperts, les voyageurs oscillent entre stupeur, colĂšre et nostalgie, tandis que les alternatives de jour gagnent du terrain avec lâICE ParisâBerlin en 7 h 30 et des parcours renforcĂ©s via Munich pour Vienne. RĂ©cit dâun crĂ©puscule ferroviaire qui questionne lâĂ©cologie, la cohĂ©sion europĂ©enne et lâart de voyager sans avion.
Des trains emblĂ©matiques disparus des rails : les voyageurs sous le choc face Ă l’arrĂȘt du trajet Paris-Berlin/Vienne
Les couchettes replient leurs draps, les wagons-lits baissent la lumiĂšre : le feuilleton des trains de nuit internationaux au dĂ©part de Paris connaĂźt un final abrupt. Les Paris-Berlin (relancĂ© en 2023) et Paris-Vienne (rĂ©tabli en 2021) effectueront leur dernier dĂ©part de la gare de lâEst Ă la mi-dĂ©cembre. En cause, la fin en 2026 dâune enveloppe dâenviron 10 millions dâeuros qui, ces derniĂšres annĂ©es, permettait dâĂ©quilibrer tant bien que mal des lignes populaires⊠mais pas rentables.
Sur les quais, la mobilisation nâa pas manquĂ© de panache. Une action en gare de Paris-Est fin septembre, portĂ©e par le collectif Oui au train de nuit, et une pĂ©tition dĂ©passant les 52 000 signatures nâauront pas inversĂ© le sens de la marche. LâincomprĂ©hension domine, dâautant que le plein de souvenirs est, lui, bien rĂ©el.
Des trains emblĂ©matiques disparus des rails : les voyageurs sous le choc face Ă l’arrĂȘt du trajet Paris-Berlin/Vienne
âOn dormait, et au rĂ©veil, Berlin ou Vienne se dessinait derriĂšre la vitre.â Pour beaucoup, le charme opĂ©rait autant que la logique Ă©cologique. En 2024, une voyageuse de 26 ans a filĂ© vers Vienne sans remords carbone ni bagages de cabine. Surprise, elle sâest retrouvĂ©e seule dans sa cabine pendant prĂšs de 15 heures, confort royal pour un billet autour de 80 âŹ, avec petit-dĂ©jeuner inclus et option de compartiment rĂ©servĂ© aux femmes. Le rĂ©cit a tout dâune parenthĂšse enchantĂ©e, du genre quâon raconte en boucle.
Un autre habituĂ© se souvient avec tendresse de son escapade en amoureux sur le ParisâVienne : romantique, pratique, certes un peu cher pour son budget, et entachĂ© seulement par un agent de bord peu souriant â le genre de dĂ©tail qui vous arrache un soupir, pas une rupture. Pour un voyageur revenu de SlovĂ©nie en 2023, le retour en train de nuit fut une rĂ©vĂ©lation : plus de place, une temporalitĂ© douce, et la sensation dâavoir avancĂ© pendant son sommeil. Une expĂ©rience aux antipodes du sprint aĂ©rien.
Un arrĂȘt abrupt, et lâĂ©cho dâune longue histoire
Les aficionados du ParisâBerlin Ă lâancienne ont, eux, la mĂ©moire longue. La liaison avait Ă©tĂ© interrompue en 2011 par la Deutsche Bahn avant dâĂȘtre ressuscitĂ©e en fanfare par les chemins de fer autrichiens ĂBB en 2023. Sa disparition Ă nouveau, si vite, rĂ©veille une inquiĂ©tude tenace : mĂȘme les lignes apprĂ©ciĂ©es peuvent se volatiliser en quelques semaines. Ă lâheure du rĂ©chauffement climatique, beaucoup se demandent quelles alternatives rĂ©elles subsistent pour voyager autrement que par les airs.
Entre Ă©cologie, budget et casse-tĂȘte de la rentabilitĂ©
DerriĂšre les rideaux et les chariots de petit-dĂ©jeuner, une Ă©quation capricieuse : coĂ»ts de sillon, personnel formĂ©, matĂ©riel spĂ©cialisĂ©, kilomĂštres internationalisĂ©s⊠Le 70 % de remplissage en 2024 atteste dâun public prĂ©sent, sans garantir lâĂ©quilibre financier. Quand la subvention cesse, la romance se heurte Ă la facture. Les passionnĂ©s sây attendaient un peu, mais lâannonce, dĂ©but octobre, a eu lâeffet dâun quai qui sâeffondre sous les pieds.
Plus tĂŽt dans lâannĂ©e, certains Ă©voquaient dĂ©jĂ une suspension temporaire pour amĂ©liorations. La perspective dâun arrĂȘt dĂ©finitif, elle, change la nature du voyage : on ne met plus une parenthĂšse, on ferme le livre.
Des trains emblĂ©matiques disparus des rails : les voyageurs sous le choc face Ă l’arrĂȘt du trajet Paris-Berlin/Vienne
Du cĂŽtĂ© des professionnels, la pilule passe mal. La directrice dâune agence spĂ©cialisĂ©e sur le rail rappelle que ces trains dessinaient un pont tangible entre capitales : partir de Paris au crĂ©puscule, atterrir â si lâon peut dire â Ă Berlin ou Vienne au petit matin, câĂ©tait sentir lâEurope Ă portĂ©e de nuit. Moins de jonctions nocturnes, câest un peu de cohĂ©sion europĂ©enne qui sâeffrite, au-delĂ du bilan carbone.
Au revoir la nuit, bonjour le jour : quelles alternatives maintenant ?
Si la nuit fait grise mine, la journĂ©e, elle, accĂ©lĂšre. LâICE ParisâBerlin trace dĂ©sormais la route en environ 7 h 30, avec une frĂ©quence appelĂ©e Ă grimper dâici 2027. Vers Vienne, la stratĂ©gie combine grande vitesse et correspondance Ă Munich, et lâoffre de jour doit se muscler dans les deux prochaines annĂ©es. Un spĂ©cialiste de La Vie du Rail souligne que ces renforts pourraient compenser une partie de la demande, mĂȘme si lâalchimie unique du train de nuit â dormir en voyageant â restera sans Ă©quivalent.
Rester curieux permet aussi de voir plus large. Ailleurs, le rail se rĂ©invente, comme en tĂ©moigne la renaissance de certaines lignes en Tunisie. CĂŽtĂ© tendances voyageurs, les actualitĂ©s du tourisme montrent un attrait croissant pour les itinĂ©raires sobres en carbone et les destinations accessibles sans voiture â Ă lâimage dâun village français sans voitures qui inspire dâautres territoires.
Itinéraires malins et nouveaux imaginaires
Les amoureux des rails ont plus dâun tour dans leur sac Ă dos. On peut dĂ©couper un ParisâVienne en deux actes (ParisâMunich, puis MunichâVienne), transformer un ParisâBerlin en odyssĂ©e via Cologne ou Francfort, et en profiter pour glisser une escale gourmande. Un weekend en Alsace authentique, entre vignobles et winstubs, devient un sas respiratoire avant de poursuivre lâodyssĂ©e. Lâimagination, ici, nâattend pas la nuit pour voyager.
RepĂšres et dates pour comprendre le virage
Les liaisons internationales de nuit au dĂ©part de Paris ont connu plus dâun rebondissement. Le ParisâBerlin historique avait cessĂ© en 2011 cĂŽtĂ© allemand, avant un retour orchestrĂ© par ĂBB en 2023. Le ParisâVienne avait repris en 2021, saluĂ© comme un geste fort pour la mobilitĂ© bas-carbone. En 2024, la frĂ©quentation flirtait avec les 70 %. Ă lâautomne 2025, la sentence tombe : fin de partie au 14 dĂ©cembre 2025, lâĂtat nâayant pas prĂ©vu de reconduire lâappui financier Ă partir de 2026. Entre-temps, une action citoyenne en gare de Paris-Est et une pĂ©tition de 52 000 signatures auront rappelĂ© que derriĂšre les chiffres, il y a des vies, des projets, des lignes tracĂ©es sur des cartes et des rĂȘves en piles de draps.
Ce que les voyageurs retiennent⊠et redoutent
Ce que lâon retient, câest un art de voyager : prendre place en soirĂ©e, dĂ©plier un lit, Ă©couter le roulis, sourire au cafĂ© du matin et Ă lâannonce qui prononce presque tendrement âBerlin Hbfâ ou âWien Hbfâ. Ce que lâon redoute, câest une carte des mobilitĂ©s qui se rĂ©trĂ©cit la nuit venue, alors mĂȘme que la sobriĂ©tĂ© et lâimpact Ă©cologique du rail faisaient consensus parmi les usagers. Entre les deux, il y a lâespoir â tĂȘtu â que le train de nuit, camĂ©lĂ©on romantique de lâEurope, saura un jour rallumer ses veilleuses.